|
La « Terre des Hommes » figure sur la liste
indicative soumise par la France à l’UNESCO depuis le 20 septembre 1996,
à l’initiative de Lucien Kimitete, maire de Nuku Hiva, Georges
Teikihakaupoko et l’administrateur d’Etat de l’époque, Dominique
Cadilhac.
Pourtant, tant pour des raisons politiques que par manque d’engouement
pour ce classement au label d’excellence du patrimoine mondial, le
dossier n’aura été qu’une coquille vide pendant dix années. Ni la
Polynésie française, ni les communes ne souhaitait obtenir cette
étiquette UNESCO jugée alors dangereuse par les élus politiques de l’une
comme des autres.
En 2006, le projet de candidature a redémarré, sur la base de ce qui fut
longtemps son talon d’Achille : les ambitions politiques de ministres et
d’élus. Cependant, poussés par les maires des six communes de
l’archipel, des équipes de bénévoles dans chaque île se sont pris au jeu
et ont commencé à rassembler les données de ce qui justifierait un
classement au patrimoine mondial.
À Hiva Oa, les travaux ont débuté en mai 2006 sous la coordination
d’Eric Olivier qui a rassemblé une équipe pluridisciplinaire d’une
trentaine de volontaires pour l’ébauche des premières lignes du dossier
de l’île.
En août 2006, le gouvernement de la Polynésie française a mis en place
un comité de pilotage « Marquises, patrimoine mondial de l’humanité ».
Celui a ainsi demandé officiellement à la France d’inscrire l’archipel
au titre mixte des « sites naturels et culturels », plus représentatif
de la valeur de la « Terre des Hommes » que l’un ou l’autre des critères
étudié isolément. De même, il a été décidé de présenter l’ensemble des
îles marquisiennes, habitées ou non, sans distinction, pour une
inscription en série.
Le calendrier alors établi a été pensé afin que les six dossiers envoyés
au ministère des Affaires étrangères et à sa commission en charge des
candidatures à l’UNESCO le soient progressivement et non d’un seul bloc.
Nuku Hiva et Hiva Oa, les deux plus grandes îles, ont été retenues pour
être le fer de lance de la candidature marquisienne.
L’équipe de bénévole de Hiva Oa s’est alors attachée à travailler par
commissions :
Coordination du projet : Marc Tarrats
. Histoire : Marc Lenfant / Jean Saucourt
. Géographie : Marc Tarrats
. Traditions et culture : Félicienne Heitaa, Aline Saucourt et Tuarai
Peterano
. Faune et flore : Teiki Richmond
. Archéologie : Catherine Chavaillon et Josette Garonne
Les critères sélectionnés pour la demande d’inscription de l’île en tant
que patrimoine universel sont au nombre de 8.
Début janvier 2007, le dossier de Hiva Oa et celui de Nuku Hiva ont été
envoyés à la Commission nationale à Paris.
Marc Tarrats
1er
Mai 2007 :
démission de Marc Tarrats en tant que coordinateur sur Hiva Oa du projet
d'inscription des Marquises à L'UNESCO
25 Mai 2007 : élection de Josette Garonne qui devient coordonnatrice du
projet Unesco pour les Marquises sud.
Aout 2007: démission de
Odile MARC, coordinatrice du projet sur les Marquises mais qui reste
responsable du projet des
écoles associées Unesco)
.... projet à suivre...???
projet repris en
2009 par Hiria Ottino, qui l'abandonne? pour construire une pirogue...?
Heureusement en 2010, il reste encore Tamara Maric qui veut vraiment
faire aboutir ce projet
.... projet à suivre...
Eric Olivier
________________________
Les critères retenus pour Hiva Oa
Le résumé analytique du dossier
|
Critère culturel n°3
Apporter un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition
culturelle ou une civilisation vivante ou disparue.
C(3) - Les divers aménagements et architectures, qui couvrent toute la
surface de l’île jusqu’aux crêtes, ainsi que toutes les formes de
sculptures et gravures symboliques sur pierre sont des témoignages
exceptionnels de la civilisation marquisienne aujourd’hui disparue.
Taaovea, situé précisément sur l’arête d’une crête, est un cas unique de
me’ae, par ses dix panneaux gravés de pétroglyphes, cinq pierres
percées, de nombreuses rangées de doubles cavités sur les bords d’une
arête rocheuse aménagée de plats rectangulaires et d’écoulements.
De même, les peintures rupestres d’Eiaone sont uniques dans toute la
Polynésie et le Pacifique. |
 |
|
|
|
Critère culturel n°4
Offrir un exemple éminent d'un type de construction ou d'ensemble
architectural ou technologique ou de paysage illustrant une période ou
des périodes significative(s) de l'histoire humaine
C(4) - Les structures traditionnelles de pierres sont des d’exemples
éminents qui caractérisent le savoir-faire, l’organisation communautaire
et le niveau artistique et symbolique remarquable atteint par les
Marquisiens.
L’inventaire 2006 (non exhaustif) joint en annexe présente 350 ensembles
de structures de Hiva Oa qui sont autant de témoignages des avancées
architecturales et technologiques d’une période de l’histoire du
Pacifique oriental. |
 |
|
Les dessins et les descriptions des premiers visiteurs occidentaux
témoignent de la hauteur et de la majesté des constructions faites de
bois et de matières végétales aujourd’hui disparues mais dont certains
éléments ont été conservés dans les musées et les collections. Les
vestiges lithiques visibles aujourd’hui comprennent des plates-formes
d’habitations (paepae), des places cérémonielles (tohua), des lieux
sacrés (me’ae) aux architectures extrêmement variées. Leurs aménagements
comportent divers éléments tels que tables de pierre, monolithes
dressés, statues (tiki), dalles sculptées en bas-relief, des
pétroglyphes gravés sur rochers ou dalles de pierres, des pierres de
travail présentant des cupules, des entailles d’aiguisage et des
surfaces de polissage ou de meulage.
Les fosses silo (ua ma), les fosses pièges, les voies empierrées et
pavées, les terrasses de cultures arboricoles, les tarodières
construites en escalier et irriguées, les enrochements des berges des
rivières, les forts, les grottes funéraires, complètent ces
aménagements. Enfin, un lieu de pêche fait état d’une grande quantité
d’ancres marines de fabrication locale et de poids de pêche perdus ou
abandonnés entre 6 et 25 m de fond.
|
|
|
Critère culturel n°5
Etre un exemple éminent d'établissement humain traditionnel, de
l'utilisation traditionnelle du territoire ou de la mer, qui soit
représentatif d'une culture ou de cultures, ou de l'interaction humaine
avec l'environnement, spécialement quand celui-ci est devenu vulnérable
sous l'impact d'une mutation irréversible
C(5) - Hiva Oa et ses dépendances offre un témoignage exceptionnel de
l’établissement des polynésiens dans un environnement vierge où la
culture apportée s’est profondément mariée avec les contraintes et les
atouts de l’environnement. De très nombreux sites disséminés sur toute
l’île sont autant d’exemples éminents. Parmi ceux-ci, Upeke-Pata situé
dans la vallée de Taaoa, à 7 km du chef-lieu Atuona, est un ensemble
cérémoniel spectaculaire par le nombre et la concentration de ses
constructions. Son importance transparaît également dans la tradition
orale de l’archipel.
|
 |
|
Ralph Linton a décrit ce site (N°
95) et en a dressé le plan en 1920. Construit entre deux rivières, sur
une superficie de 3 ha, il est composé de plusieurs parties : une vaste
place rectangulaire environnée de plates-formes étagées (tohua koina) destinée à réunir la population
d’une ou de plusieurs tribus et leurs invités pour participer aux
nombreuses festivités et cérémonies qui ponctuaient l’année,
l’habitation du chef, un grand ua ma, un secteur destiné aux pratiques
funéraires comprenant un taha tupapau et diverses plates-formes et deux
me’ae. Le grand tiki de pierre est toujours en place sur le me’ae
supérieur, une tête sculptée sur une pierre de lave est posée sur une
plate-forme dans le même périmètre.
Le site comprend 61 pierres de travail, quatre grands banians, un énorme
badamier, plusieurs hutu (Barringtonia asiatica), de nombreux mape (Inocarpus
edulis) arbres à pain et bancouliers.
En amont du site, des terrasses de culture comprenant des tarodières et
des paepae s’étagent jusqu’à la falaise. Un peu en aval du parking se
trouve un ensemble de constructions comprenant un paepae et une cour
bordée de banquettes disposées en L. Une pierre, ornée de pétroglyphes
profondément gravés, est insérée entre les blocs de la plate-forme
nord-ouest.
L’ensemble de la vallée de Taaoa est un exemple éminent de
l’organisation traditionnelle de l’espace en composant avec
l’environnement et les exigences fonctionnelles. A l’évidence, les
anciens Marquisiens y vécurent très nombreux car les vestiges de leurs
lieux de vie sont omniprésents. De la plage aux falaises, d’innombrables
murs et alignements de grosses pierres soutiennent les pentes, étagent
les terrasses, supportent les beaux espaces aplanis des ensembles
cérémoniels, s’échelonnent en tarodières, canalisent les rivières,
stabilisent les chemins.
De plus, la gamme encore existante de préparations culinaires à base de
produits locaux ainsi que la grande utilisation de la médecine douce à
base des ressources insulaires soulignent encore l’interaction humaine
avec son environnement. Si les recettes culinaires « traditionnelles »
sont quasiment d’un usage quotidien dans chaque foyer, les soins
traditionnels à base de plantes ont tendance à se perdre en raison des
progrès de prise en charge médicalisée : les guérisseurs ne trouvent pas
toujours la personne qui peut prendre la relève ou ne transmettent pas
toujours leur savoir-faire. |
|
Critère culturel n°6 et critère naturel n°7
Etre directement ou matériellement associé à des évènements ou des
traditions vivantes, des idées, des croyances ou des œuvres artistiques
et littéraires ayant une signification universelle exceptionnelle. ( Le
comité considère que ce critère doit de préférence être utilisé en
conjonction avec d'autres critères) ;
Représenter des phénomènes naturels remarquables ou des aires d'une
beauté naturelle et d'une importance esthétique exceptionnelle
C(6) N(7) - Deux sites archéologiques de Hiva Oa sont directement
aujourd’hui le lien entre une culture passée et un événement
traditionnel encore vivant, dans un cadre naturel exceptionnel et
relativement authentique : Upeke-Pata et Iipona. |
 |
|
Par leur facilité d’accès, leur caractère grandiose et envoûtant, leur
environnement d’une majesté naturelle, Upeke-Pata, qui possède la
capacité d’accueillir un nombre important de personnes et Iipona par la
présence de statues uniques et remarquables, font partie des points de
rencontre et de manifestations du Festival des Arts des Iles Marquises.
Hiva Oa a organisé les 3ème et 6ème éditions en décembre 1991 et
décembre 2003.
Depuis 1987, cet évènement culturel majeur se déroule dans l’esprit des
grands rassemblements d’antan soutenus par l’émulation et les échanges
entre les différents groupes insulaires. Simultanément, les Marquisiens
se sont réapproprié de nombreuses pratiques traditionnelles (tatouage,
fabrication du tapa et des grands tambours cérémoniels (pahu), activités
diverses liées aux manifestations festives,…)
Ces deux sites placés dans deux vallées qui s’ouvrent sur les deux plus
larges baies de l’île sont d’une beauté naturelle exceptionnelle.
En 1991, le tohua de Upeke a fait l’objet d’une réhabilitation tandis
que Pierre OTTINO étudiait et restaurait Iipona à Puamau.
C(6) N(7) – Les paysages de Hiva Oa sont directement associés à des
œuvres artistiques et littéraires devenues aujourd’hui des références
universelles exceptionnelles. Ainsi, Jacques-Antoine Moerenhout (1837),
Max Radiguet (1860), Robert-Louis Stevenson (1890), Paul Gauguin (1903),
Charles-Alfred Le Moine (1914), Alain Gerbault (1941), Jean-Yves le
Tourmelin (1962) et Jacques Brel (1977) ont donné naissance à des
chef-d'œuvre où les paysages de l’île sont admirablement décrits et
sont à l’origine ou entretiennent le mythe de la beauté sauvage des îles
Marquises.
Ce caractère authentique de la beauté sauvage repose sur les contrastes
saisissants de couleurs entre les verts d’une végétation souvent
luxuriante et le noir des roches aux formes tourmentées, mais aussi sur
l’isolement géographique qui contribue à l’incomparable émotion et
excitation de celui qui découvre pour la première fois les îles de
l’archipel comme posées dans l’immensité bleue de l’océan Pacifique.
Par ailleurs, les corps de Paul Gauguin et de Jacques Brel reposent
aujourd’hui dans le petit cimetière d’Atuona, le village principal de
l’île, et contribuent à alimenter une forme de mémorial culturel en
hommage aux œuvres artistiques évoquant l’archipel des Marquises. |
|
Critère culturel n°6 et critère culturel n°3
Etre directement ou matériellement associé à des évènements ou des
traditions vivantes, des idées, des croyances ou des œuvres artistiques
et littéraires ayant une signification universelle exceptionnelle. ( Le
comité considère que ce critère doit de préférence être utilisé en
conjonction avec d'autres critères) ;
Apporter un témoignage unique ou du moins exceptionnel sur une tradition
culturelle ou une civilisation vivante ou disparue.
|
 |
|
C(6) C(3) – Les Marquisiens, qui n’ont pas inventé de calligraphie, ont
créé un art graphique aujourd’hui mondialement reconnu qui se manifeste
en tout (tatouages, sculptures, parures, décorations
architecturales…). Cet art primitif a influencé les peintres occidentaux
précurseurs du courant moderne dont Gauguin ou Picasso.
A Hiva Oa, plusieurs pétroglyphes laissent entrevoir une forme de
langage dont la connaissance est encore peu aboutie à ce jour. Un grand
nombre de pratiques culturelles et sociales (langue, médecine
traditionnelle, tatouage, danses et chants) sont autant de témoignages
exceptionnelles de la cohérence de la société marquisienne avant
l’arrivée des Européens et de sa capacité à survivre et à se renouveler.
|
|
Critère naturel n°8
Etre des exemples éminemment représentatifs des grands stades de
l'histoire de la terre, y compris le témoignage de la vie, de processus
géologiques en cours dans le développement des formes terrestres ou
d'éléments géomorphiques ou physiographiques ayant une grande
signification ;
N(8) – Hiva Oa et ses dépendances, les îlots Fatu Uku et Mohotani, sont
des exemples représentatifs des grands stades de l’histoire de la terre,
notamment des processus géologiques, avec la surrection volcanique
depuis un point chaud, aujourd’hui au sud de Fatuiva. |
 |
|
La disparition prématurée de la
barrière de corail, typique des îles de l’Océanie, les mécanismes
violents de destruction, particulièrement à Fatu Uku, et la (re)naissance
d’une barrière corallienne sont des éléments éminents du développement
des formes terrestres dans le Pacifique et ouvrent des voies à la
recherche très actuelle sur la formation des tsunamis. |
|
Critère naturel n°9
Etre des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et
biologiques en cours dans l'évolution et le développement des
écosystèmes et communautés de plantes et d'animaux terrestres,
aquatiques, côtiers et marins ;
N(9) – Hiva Oa et ses dépendances constituent, notamment en raison de
leur isolement géographique, un espace éminemment représentatif de
processus écologiques et biologiques qui conduisent à l’évolution des
espèces vers des niches très spécialisées et la mise en place
d’équilibres exceptionnels d’écosystèmes touchant la faune et la flore
terrestre et marine, tant par un endémisme fort que par une extrême
vulnérabilité au changement.
Par exemple, sur les 365 espèces de mollusques marins présentes aux
Marquises, recensées dans la littérature, 29 espèces (7,95%) sont
considérées comme endémiques de la région. Parmi les espèces récemment
récoltées, un premier examen des protoconques des espèces de
gastéropodes encore inconnues de Polynésie Française tend à montrer un
niveau d’endémisme supérieur qui pourrait atteindre les 10%. |
 |
|
Critère naturel n°10
Contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus
importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y
compris ceux où survivent les espèces menacées ayant une valeur
universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la
conservation.
N(10) – Les crêtes de Hiva Oa et l’intégralité des îlots Fatu Huku et
Mohotani (réserve naturelle depuis 1971) sont des habitats naturels
encore préservés constituant une ressource pour la biodiversité, un
laboratoire vivant pour le chercheur et déjà classés par les botanistes,
entomologistes et ornithologues comme des espaces privilégiés pour la
recherche. |
 |
|
|
|
|
|
Archéologie à Hiva Oa |